Le Représentant de la Banque Mondiale à Moroni a eu son heure de gloire en jouant à la vedette américaine à la fête du Gouvernement comorien sur le « Reclassement en Pays Intermédiaire ».


Un économiste comorien acteur dans les milieux de l’aide financière et économique internationale, en poste en Afrique, ne revient pas qu’un fonctionnaire international se permette d’ignorer les bonnes règles et de ce fait mépriser un pays et son peuple en s’associant à une initiative de propagande.
Nous publions le texte ci dessous, qu’il nous a fait parvenir. Il relève que ce « Reclassement » ne sort pas notre pays des Pays les Moins Avancés (PMA) comme le laisse entendre notre confrère Alwatwan dans son numéro du 13 septembre.
Nous nous sommes assurés de l’identité de l’auteur.
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« Que les experts du Palais veuillent prendre les vessies pour des lanternes, on est habitué du fait, mais qu’un représentant d’une organisation internationale telle que la Banque Mondiale s’adonne au même jeu malsain, oubliant le mandat de l’organisation qui l’emploie… là il y a vraiment de quoi s’inquiéter. Pour ceux qui l’ignorent ou feignent de l’oublier, le mandat de la Banque Mondiale, dans des pays tels que le notre est de lutter contre la pauvreté en apportant des aides, des financements et des conseils aux États en difficulté. Dans le mot « conseil » il y a bien évidemment le volet de soutien pédagogique pour mieux orienter les États et notamment pour leur éviter de se ridiculiser. Qu’aucun membre de la cour n’ait osé émettre un bémol sur l’euphorie inappropriée de nos dirigeants face au « reclassement » du pays est déjà préoccupant mais que le représentant de la Banque Mondiale, à l’origine de cette méprise, participe également à la forfaiture (une de plus me direz-vous!), j’en perds mon latin ! Que s’est il passé depuis vos passes d’armes tonitruantes avec le SGG d’il y a quelques mois? Avez vous cédé aux sirènes de l’apaisement qui dans le langage local veut dire soumission, aveuglement et mutisme? En tous les cas puisque vous ne le faites pas, laissez moi le faire à votre place. La nature ayant horreur du vide !

Il serait bon d’expliquer que le classement de la Banque Mondiale n’a aucune incidence sur celui du Conseil Économique et Social de l’ONU (ECOSOC) qui a créé le groupe des PMA depuis 1971. Ce groupe composé de 47 pays (dont les Comores en font toujours partie ) est considéré comme le « maillon le plus faible et le plus pauvre » de la communauté internationale. Face à un cumul d’handicaps structurels, ces pays sont considérés comme pris au piège de la pauvreté et nécessitent par conséquent un traitement particulier pour les aider à en sortir durablement. C’est la raison pour laquelle la communauté internationale accorde à cette catégorie spécifique un certain nombre d’avantages tels que l’aide au développement, un allègement de la dette, l’accès à des guichets spéciaux, des préférences commerciales ainsi que l’appui-conseil nécessaire pour leurs stratégies de développement.

Depuis sa création, seuls 5 pays ont pu sortir de cette catégorie au terme d’un processus laborieux. Il s’agit du Botswana (1994), du Cap-Vert (2007), des Maldives (2011), des îles Samoa (2014) et de la Guinée Équatoriale (2017). La liste des PMA est revue tous les 3 ans par le Comité des politiques de développement et d’un groupe d’experts indépendants qui fait rapport à l’ECOSOC. La revue des trois critères que sont le niveau de revenu par habitant, l’indice de capital humain et l’indice de vulnérabilité économique justifient le maintien ou pas d’un pays dans la catégorie des PMA. La prochaine revue aura lieu en 2021 et les Comores ne font pas partie des pays en examen pour une éventuelle sortie. À noter que pour en sortir, il faut satisfaire à un niveau spécifique de seuil pour au moins 2 critères sur les 3. Pour que seul le niveau du revenu par habitant entre en ligne de compte dans la considération de sortie, il faudra qu’il atteigne 2 fois le seuil de sortie soit 2460USD et ce, pendant au moins 3 années successives. À noter également que dans les débats en cours, il est question de devoir tenir compte de deux critères supplémentaires qui sont la vulnérabilité aux changements climatiques et la fragilité notamment politique!

Le groupe des pays à revenus intermédiaires de la tranche inférieure (LMIC) établi par la Banque Mondiale classe les pays uniquement sur la base du revenu national brut par habitant. Le revenu national brut (RNB) correspond à l’addition de la production économique locale (PIB) et des revenus nets perçus de l’étranger (salaires, propriétés, subventions etc.). Ce classement est établi sur une base annuelle et essentiellement à des fins d’analyse pour les services de la Banque. Le changement opéré dans le système de comptabilité nationale a aussi amené à une réévaluation de certains chiffres. Il aurait été intéressant que nos experts du palais nous expliquent les soubassements de ces améliorations. Mais l’heure est à la fête et à l’auto-satisfaction. Et il est regrettable que des fonctionnaires internationaux de haut rang oublient qu’ils sont au service des populations et non des gouvernants et laissent se propager des contre-vérités. Étant donné que l’on s’achemine vers une table ronde pour financer un Plan Comorien d’Émergence (à ne pas confondre avec un autre PCE) il serait utile que nos experts adoptent le même langage que ceux à qui ils vont tendre la main demain. Soyons un minimum crédibles! »

Photo : Alwatwan

Author: haybafm

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